Après le travail de repérage des initiatives sur la plateforme ademe.innovationsociale.org, l’ADEME a souhaité rencontrer un panel de projets d’innovation sociale impliqués dans la transition écologique. Cette journée de travail s’est déroulée à Mains d’Oeuvres (Saint Ouen) le 1er juin 2015. L’objectif de cette journée : repérer des opportunités de collaboration entre l’ADEME et les porteurs de projets et imaginer collectivement des solutions d’accompagnement adaptées.

9 porteurs de projets ont répondu présent à cette journée d’ateliers à laquelle l’ADEME a participé avec des représentants du siège et de directions régionales.

  • Malcolm Hammer pour La Louve
  • Stéphane Gauchon pour le Repair Café
  • Alexandre Dupont pour Jean Bouteille
  • Laurence allard et Olivier Blondeau pour Citizen Watt
  • Justine Peullemeulle pour Energie Partagée
  • Blandine Clerin pour La Pantine
  • Matthieu Humbersot pour OuiLab
  • Alicia Lenne pour TalentTroc
  • Colette Rapp pour DiscoSoupe

Pour débuter la journée et faire connaissance, les porteurs disposaient d’une dizaine de minutes pour proposer un pitch de leur projet et le présenter au reste du groupe. Sur le même format, l’ADEME est intervenu pour présenter son rôle dans l’accompagnement des projets porteurs de transition écologique. Le premier constat porte sur la diversité des projets en terme de thématique abordée, d’avancement, ou encore d’échelle d’action.

Pour mieux comprendre le parcours des projets d’innovation sociale, la journée s’est poursuivie avec des ateliers en petit groupes, mêlant porteurs et membres de l’ADEME.

L’intérêt du premier atelier consiste à retranscrire le parcours des projets avec un outil de design de services inspiré de la Customer Journey Map. L’objectif est d’identifier quels ont été les points de blocage pour les porteurs de projets. Pendant l’exercice, certaines spécificités sont évoquées comme déterminantes dans la structuration du projet. La question des cadres administratifs, de l’échelle du projet, de la communauté, de la gouvernance, du code source, ou encore de l’évaluation de l’utilité sociale reviennent à plusieurs reprises. On trouve aussi des questionnements transversaux qui peuvent s’appliquer à tous types de projets tel que l’idée, la communication ou la question des moyens humains et matériels.

Après ce décryptage du “parcours type” des porteurs de projets d’innovation sociale et l’identification des principaux obstacles rencontrés, le second atelier a pour but de transformer ces difficultés en opportunités de soutien à l’innovation sociale.

Avec l’ADEME, les initiateurs de projets d’innovation sociale travaillent sur des solutions aux problématiques identifiées en amont. Pour exemple, le Customer Journey Map a montré la difficulté d’adapter son projet au cadre administratif. Lors d’appels à projet, les porteurs sont souvent obligés de “déformer” leur projet pour le faire entrer dans le cadre administratif et juridique prévu. Mis en mots par les participants, l’enjeu serait d’inventer un process souple et transparent qui conserve l’originalité, l’agilité et l’aspect innovant des projets candidats. Une des opportunités d’amélioration mentionnée consisterait à mobiliser la communauté locale dans la pré-sélection des projets. Concernant la recherche d’amélioration de leur expérience, un porteur de projet lance l’idée de créer plusieurs étapes successives de réponse à l’appel à projet. Suivi de validations, ces étapes permettraient aux initiateurs un investissement proportionnel à leur chance d’obtenir l’appel à projet.

Autre idée émergente : encourager les initiatives qui n’ont pas passé toutes les étapes de l’appel à projet. Si un projet candidat ne passe que 2 des 4 étapes de l’appel à projet, il pourrait être récompensé avec l’obtention d’un label de reconnaissance sur la légitimité et l’éligibilité de l’initiative candidate à l’appel à projets.

Avec cette même démarche, les porteurs de projet et l’ADEME ont imaginé d’autres opportunités de soutien à l’innovation sociale à partir des difficultés rencontrées par les projets :

  • Comment faire pour démarrer autre chose, pour faire le tri dans ses idées ? Comment penser un projet en lien avec son territoire ?

    • Objectifs : définir le périmètre du projet, penser son articulation avec d’autres projets sur le territoire, faciliter la complémentarité des projets, partager et diffuser les idées dont on ne fait rien

    • Opportunités de soutien :

      • créer une cartographie en ligne de l’environnement local répertoriant les différents acteurs du territoire (projets publics, acteurs économiques, équipements publics)

      • permettre à tous de venir enrichir cette cartographie d’informations complémentaires : manque de certains services sur tel quartier,  spécificités locales à prendre en compte etc...

  • Comment penser un code source “métier” ou “social” du projet dans l’idée de l’adapter localement ? Comment dupliquer, essaimer un projet “source” ?

    • Objectifs : déployer les initiatives localement tout en gardant la maîtrise du projet

    • Opportunités de soutien :

      • documenter la construction et la structuration du projet

      • créer des communs permettant la diffusion du “modèle projet”

      • penser la construction de ces communs pour une adaptation du projet à un contexte local éventuellement différent

      • identifier des tiers de confiance / bienveillant pour translater le projet

  • Comment organiser et missionner la communauté autour du projet, comment gérer les excès de sollicitations et les bénévoles ?

    • Objectifs : répondre aux sollicitations extérieures, permettre et favoriser l’investissement volontaire, inciter les bénévoles à communiquer pour le projet

    • Opportunités de soutien :

      • créer des FAQ, des boites à outil de communication permettant l’appropriation du projet par un tiers

      • si le projet n’a plus besoin de moyens humains supplémentaires, répertorier les demandes d’investissement pour les re-diriger ensuite vers des projets locaux similaires ou en phase avec les attentes des bénévoles

      • favoriser les échanges entre pairs et accompagner les associations dans leur réflexion stratégique

  • Comment penser la gouvernance des projets d’innovation sociale ?

    • Objectifs : créer les conditions pour que chacun se sente acteur du projet, penser une gouvernance évolutive (outils et prise de décision)

    • Opportunités de soutien :

      • faire de la prise de décision par consentement

      • créer un modèle de gouvernance en lien avec le statut d’émergence des projets, penser une structuration plus tardive

      • recherche-action : l’ADEME pourrait financer une recherche sur les modèles de gouvernance innovants (aspects juridiques) pour dupliquer, documenter et accompagner les projets émergents

Certaines opportunités n’ont pas eu le temps d’être davantage développées par l’ADEME et les porteurs de projet. Ces problématiques restent à réfléchir pour un accompagnement efficace des projets d’innovations sociales :

  • Comment éviter l’”enclosure”, la récupération politique ou le détournement des projets ?

  • Comment mesurer l’impact social, écologique, des projets de petite envergure et prouver de leur utilité sociale ?

  • Comment permettre le passage à l’échelle des projets d’innovation sociale ?

Ces ateliers de travail sur les solutions visant à améliorer le parcours des porteurs de projet d’innovation sociale questionne le positionnement de l’ADEME. Certaines des opportunités de soutient proposées par les participants ont été intégrées aux recommandations remises à l’ADEME. Cette étude l’invite à endosser un rôle nouveau dans le soutien aux innovations sociales.


Carmen Rouchet, pour La Fabrique et E2i